Brexit : pêchera ? Pêchera pas ?

La pêche cristallise les tensions autour du Brexit. La rédaction de l’écho du Littoral fait le point sur ce sujet épineux.

« 92% des pêcheurs anglais ont voté en faveur du BREXIT » … c’est en tout cas ce qu’affirme un rapport d’information de l’Assemblée nationale. Alors, le BREXIT, une bonne nouvelle pour les pêcheurs anglais ? Pas si sûr …

Thibault Josse, chargé de mission de l’Association Pleine Mer, pense le contraire : «Il est certain que les pêcheurs anglais ont le sentiment d’être dépossédés de leurs quotas de pêche. En effet, 80% des quotas anglais sont détenus par des propriétaires étrangers ou des millionnaires britanniques. Mais ceci n’a rien à voir avec l’Union Européene. Le problème c’est que les quotas anglais sont répartis via un système de Quotas Individuels Transférables (QIT). Un système où les quotas de pêche sont mis sur le marché, ce qui favorise l’accumulation de ces quotas par les grandes fortunes. Ce système ne va pas changer avec le Brexit : les pêcheurs artisans sont floués par les industriels qui continueront à racheter les quotas, et par la droite populiste de Boris Johnson qui a instrumentalisé ce problème pour sortir la Grande Bretagne de l’Europe. Mais le problème de l’accaparement des quotas ne changera pas avec le Brexit »

Un récent communiqué de l’association BLOOM va dans le même sens : « La marchandisation de l’accès aux ressources halieutiques qui a été inaugurée par le système des QIT – qui sont régis par la loi de l’offre et de la demande – a donc favorisé la financiarisation et la capitalisation de la pêche au Royaume-Uni. En l’absence de régulation, ces mécanismes donnent lieu à une concentration toujours plus forte du secteur entre les mains de quelques opérateurs. Ces oligopoles grignotent progressivement l’accès des pêcheurs aux quotas et finissent par les exclure du secteur. De ce point de vue, le problème n’est donc ni celui de la répartition des TAC (totaux admissibles de captures) entre les pays de l’Union européenne – au demeurant questionnable et critiquable –, ni même celui du libre accès aux eaux britanniques. En l’occurrence, il est l’une des conséquences directes de l’instauration de ce système de QIT par le gouvernement britannique lui-même. »

Selon ces deux associations, la privatisation des quotas de pêche serait donc la raison pour laquelle les pêcheurs artisans britanniques ont voté en faveur du BREXIT … mais vraisemblablement le fameux BREXIT ne changera rien au problème. Il semblerait donc que la droite populiste menée par Boris Johnson ait largement manipulé les pêcheurs anglais, en leur faisant croire que l’Europe était responsable de l’accaparement des quotas, alors que le véritable problème était ailleurs. Cette perspective est troublante, d’autant que le BREXIT va fortement impacter les pêcheurs européens, mais aussi la filière pêche britannique qui exporte les trois quart de ses produits de la mer vers l’Union Européenne.

Hubert Carré, président du Comité National des Pêches et des Elavages Marins explique « Si du jour au lendemain il y a une frontière et qu’on n’a plus le droit de la franchir, bah j’peux vous dire que ça fait très mal. Le fileyeur de 12 mètres de Dunkerque qui est à 3/4 d’heures des eaux britanniques va être impacté à 100% dans son activité. Le chalutier qui fait 60 à 80 mètres qui a l’habitude de pêcher du pélagique dans les eaux britanniques va lui aussi être impacté. Donc il y a un impact sur les navires en fonction de leur métier et de la zone qu’ils fréquentent, et les plus impactés sont les pêcheurs des Hauts-de-France, de Normandie et de Bretagne. Certains pêchent quasiment à 100% dans les eaux britanniques comme ceux qui pêchent la baudroie par exemple. Les armements vont être impactés entre 25 et 85% »

En effet pour les pêcheurs de Boulogne ou Lorient, jusqu’à 90% des prises sont réalisées dans les eaux britanniques. Une situation dramatique pour certains armements qui devront se rabattre sur les eaux françaises. Or ce « report d’effort » risque lui aussi poser problème : des bateaux qui pêchaient traditionnellement dans les eaux britanniques vont se retrouver en compétition avec les bateaux côtiers. Ce phénomène pourrait d’occasionner de véritable « conflits pour la ressource » voir même un phénomène de surpêche dans certaines zones.

Côté britannique, 70% des produits de la pêche sont exportés vers l’Union Européenne. L’instauration de droits de douane élevés sur les produits de la mer pourrait donc fortement impacter la filière pêche anglaise, et servir de moyen de pression pour maintenir les droits de pêche historiques de certains armements européens dans les eaux britanniques. En effet, des droits de douanes élevés auraient sur le très court terme des effets dramatiques sur la filière pêche anglaise : le prix d’achat du poisson diminuerait fortement suite à la baisse de la demande, mettant en grosse difficulté les pêcheurs et les mareyeurs.

Ursula Von Der Leyen, présidente de la commission européen évoque « un gros point de crispation sur la pêche » alors que Borris Johnson a déclaré vouloir « déployer la British Navy » afin que les pêcheurs européens n’aient pas accès aux eaux Anglaises à partir du 1er octobre. Entre arguments populistes, report d’effort et droits de douane … le feuilleton du Brexit est loin d’être terminé !

Les ports de Hauts-de-France seront fortement touchés par le Brexit
%d blogueurs aiment cette page :