[BREXIT] Le feuilleton continue pour les pêcheurs artisans !

Nous vous en parlions il y a quelques semaines : le BREXIT inquiète les pêcheurs français. Depuis, un accord a été trouvé entre l’Union Européenne et la Grande-Bretagne. Quelles sont les réactions au sein de la filière pêche ?

Ce jeudi 07/01/2021 La ministre de la Mer, Annick Girardin et le secrétaire d’État aux Affaire européennes, Clément Beaune se sont rendus à Port-en-Bessin pour « échanger avec les représentants de la filière pêche à propos des conséquences du BREXIT »

En effet, suite à l’accord passé entre l’UE et la Grande Bretagne, les Britanniques laissent leur ZEE (Zone Economique Exclusive) ouverte, mais ils ont obtenu de l’Union Européenne qu’elle renonce à 25% de ses quotas de pêches au sein des eaux britanniques. Les bateaux français devront donc réduire leurs prises dès 2021.

Suite à cette décision, les instances représentatives de la pêche française ont dû réagir vite : tout bateau français qui travaille dans les eaux britanniques doit désormais être détenteur d’une licence de pêche spécifique. De plus, il a aussi été question de remettre en cause le traité de la Baie de Granville qui régit la gestion de la pêche autour des îles anglo-normandes. Et, comme le reconnait un marin pêcheur de Port-en-Bessin « ce qui aurait pu être un véritable cafouillage a été plutôt bien géré par les instances représentatives de la pêche, qui ont su garder le cap, même au plus fort de la tempête ». Au total, ce sont 1500 autorisations qui ont été délivrées aux pêcheurs européens pour pouvoir pêcher légalement dans les eaux britanniques.

Lors de sa visite, la ministre Annick Girardin s’est réjouie auprès de nos confrères de France 3 Normandie, parlant même d’un « bon accord » qui « permet d’avancer ». Une remarque qui contraste fortement avec le discours de Dimitri Rogoff, président du Comité Départemental des Pêches de Normandie qui explique : « On n’a pas à crier qu’on a gagné, pour l’instant on a perdu, on évalue ce qu’on a perdu et on va rebondir. »

On peut donc légitimement se poser de sérieuses questions autour du traitement médiatique du BREXIT. En effet, fin décembre, les médias et les personnalités politiques ont brandi la peur d’un « No deal » qui aurait gravement pénalisé le secteur de la pêche. Après avoir fait croire au pire, il est désormais facile de se réjouir d’un « accord qui évite le pire », comme le dit Annick Girardin. Une stratégie politique qui permet de calmer la colère légitime des pêcheurs.

Les pêcheurs se sont d’ailleurs fédéré au sein d’un groupe facebook : « Pêcheurs Artisans Unis » qui leur permet de discuter ensemble de stratégies collectives à mettre en place pour faire face aux conséquences du BREXIT. Et les membres du collectif, ne sont pas dupes quant à la stratégie politique du gouvernement français, comme on peut le lire dans certains commentaires : « Laisser entrevoir le pire pour faire accepter l’inacceptable, une stratégie politique à la mode … » Les pêcheurs indiquent aussi que le BREXIT « n’a pas été le seul sujet abordé » lors de la rencontre avec la ministre : le sujet de « la préservation de la ressource » était lui aussi sur la table.

Un sujet très lié, comme l’indique la teneur du débat organisé le même jour par Agrocampus Ouest, qui a permis au professeur et auteur Didier Gascuel de proposer une très pédagogique leçon de pêche durable au public et au député européen et président de la commission pêche, Pierre Karleskind. En effet, en plus des impacts sociaux inhérents à l’accord du BREXIT, il faudra observer avec attention les résultats écosystémiques de cette nouvelle gestion des pêches.

En attendant, les personnalités politiques s’agitent de part et d’autre de la Manche. Annick Girardin a continué son voyage ministériel en montant à bord du Vauban, l’un des chalutiers hauturiers de Port-en-Bessin concerné par les nouvelles règles qui découlent du Brexit. Elle s’est aussi rendue à Granville et poursuit aujourd’hui sa visite à Saint-Quay-Portrieux. Un « tour des ports » qui n’a rien d’anodin : les pêcheurs ont pendant un temps parlé de mener des actions pour protester contre les mesures du BREXIT, et les politiques prennent généralement au sérieux les manifestations menées par les marins-pêcheurs, depuis la forte contestation des années 90.

Borris Johnoson à quant à lui interdit la pêche électrique dans les eaux britanniques, une décision qui ne pourra qu’améliorer l’état de la ressource … mais qui ne changera rien à la concentration des quotas de pêche britanniques dans les mains de quelques milliardaires : un seul chalutier géant, le Cornelis Vrolijk, pêche à lui tout seul 25% des quotas britanniques.

La rédaction de l’écho du littoral.

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