Eolien en mer : les événements se bousculent !

Plusieurs années déjà que les projets d’éolien en mer font parler d’eux sur le littoral. Il serait long et laborieux de reprendre toutes les étapes de ce conflit politico-médiatique … Cependant, ces dernières semaines, des événements notoires se sont enchainés. Nous tentons d’y voir plus clair dans cet article.

Dieppe-Le Tréport, Fécamp, Courseulles-Arromanches, Baie de St-Brieuc, Banc de Guérande baie de St-Nazaire, Yeu-Noirmoutier, plus récemment Dunkerque et bientôt Oléron ? Voici la liste des projets éoliens sur le territoire français. Selon le gouvernement et les porteurs de projets, ces projets sont indispensables à la nécessaire « transition écologique ». Pourtant, sur le littoral, nombreuses sont les voix qui s’élèvent contre ce projet : des habitants de la côte qui redoutent des impacts environnementaux et visuels, les marins pêcheurs qui craignent des dégâts majeurs sur les ressources qu’ils exploitent, mais aussi des militants qui remettent en cause le caractère écologique des énergies dites « renouvelables ».

Ainsi, au fur-à-mesure de l’avancée des projets, la tension monte sur le littoral, à l’image de la manifestation organisée le 18 mai 2020 par les pêcheurs artisans de la baie de Saint-Brieuc, pour protester contre l’arrivée Geo Ocean IV, un navire de 42 m chargé de faire des études d’impact.

L’opposition est aussi très forte au Tréport où il suffit de se promener sur les quais pour voir fleurir les stickers, affiches et pancartes en opposition au projet éolien.

Des associations ont donc été crées afin de donner la possibilité aux habitants du littoral de se battre sur le terrain juridique. En baie de Saint-Brieuc, par exemple, l’association « Gardez les Caps » ainsi que plusieurs collectifs de pêcheurs ont porté des recours en justice à l’encontre d’Ailes Marines, le porteur de projet.

Ces recours ont pour effet de freiner le développement du projet, ce qui ne plait ni aux porteurs de projet, ni à l’Etat. En 2016, le tribunal administratif, premier échelon juridictionnel, est sorti de la procédure juridique de recours. Puis, en 2020, en s’appuyant sur la loi d’accélération et de simplification de l’action publique (Asap), l’Etat a fait sauter un deuxième échelon juridictionnel : la cour administrative d’appel de Nantes …. Désormais, tout recours devra être déposé directement devant le Conseil d’État. Ces mesures de modification de la juridiction semblent en total contradiction avec le respect de l’Etat de droit.

De plus, la question des études d’impacts est cruciale. Or, certaines associations dénoncent des porteurs de projets qui seraient « juges et partis » dans la mise en œuvre de ces études qui concernent en particulier le battage et le forage des fonds marins. Dans le cadre du projet éolien en Baie de Saint-Brieuc, Ailes Marines s’est engagé à mener des études « sur une période de trois ans ». Or, il y a une semaine, Ailes Marines a indiqué que toutes les études seraient terminées au printemps 2021, dont des études complémentaires demandées très récemment par le Comité Départemental des Pêches des Côtes d’Armor.

Les réactions ne se sont pas faites attendre du côté des pêcheurs. Il y a une semaine, le 20 novembre 2020, le comité départemental des pêches des Côtes d’Armor a annoncé par un communiqué « la fin du processus de concertation et la mise en œuvre d’une demande d’annulation » du projet éolien en baie de Saint-Brieuc. Le ton du communiqué en dit long sur l’exaspération des marins pêcheurs : « Le non-respect des engagements pris envers les acteurs locaux et l’attitude méprisante de cette société sont inacceptables et rendent plus légitime le combat mené sur ce projet depuis de nombreuses années par les marins pêcheurs pour préserver l’environnement marin ». Quelques jours avant, les deux plus gros armateurs de la Baie s’étaient exprimés dans la presse pour dire leur opposition à ce projet.

Quelques jours plus tard, le 24 Novembre, les défenseurs de l’éolien en France (Industriels, collectivités ou ONG) ont publié une lettre ouverte au président de la République pour dénoncer les « mensonges » des opposants à cette énergie. Là encore, le ton de la lettre laisse entrevoir les fortes tensions que suscitent ce débat : « Les attaques contre l’éolien sont aujourd’hui bâties autour de propos inexacts et parfois délibérément mensongers, les arguments sont relayés sans retenue, discréditant le travail de nombreuses associations de terrain, collectivités, travailleurs et citoyens. Nous ne pouvons pas accepter que le débat soit ainsi caricaturé »

Il est clair que l’implantation de projets éoliens sur le littoral sucite de fortes tensions parmi les habitants et les professionnels de la mer. Ces tensions sont relatives aux impacts de ces projets. De l’autre côté, les industriels et certaines ONGs défendent la « transition énergétique ». Mais que penser sur le fond ? Les énergies renouvelables sont elles vraiment durables ?

C’est la question que se sont posés les journalistes d’ARTE qui ont diffusé le 24 novembre une enquête sur « la face cachée des énergies renouvelables ». En ce qui concerne les éoliennes, Karine Samuel, professeur à l’Institut polytechnique de Grenoble, dresse un constat alarmant : « Dans les grandes éoliennes qu’on installe en mer, on va retrouver 1 tonne de métaux rares par éolienne ». Du graphite, du lithium, du néodyme, du cobalt, autant de métaux rares, dont l’extraction minière pose de nombreuses questions : quid des enfants exploités dans les mines ? Quid des conflits miniers ? Qui des pollutions engendrées ? Quid de la dynamique coloniale implicitement légitimée par la « transition énergétique » ?

Autant de questions qui, ajoutées au caractère non démocratique du processus de consultation … amènent à questionner très sérieusement les intentions de l’Etat et des porteurs de projets. Mais il reste peu de temps pour que les vraies questions soient posées : Le Fernao de Magalhaes, navire du groupe belge Jan de Nul, a commencé les travaux de terrassement pour le parc éolien de Saint-Nazaire il y a quelques jours. La pose des fondations doit débuter au printemps 2021 pour s’achever à l’été 2022 et les travaux d’installation des éoliennes s’étaleront de mars à décembre 2022. La récente lutte pour la défense de l’estuaire de la Loire sur le site du Carnet laisse présager une forte résistance des habitants locaux … à suivre.

La rédaction de l’Echo du littoral

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