La senne danoise agite le monde de la pêche !

Connaissez vous la Senne Danoise ? C’est une technique de pêche « terriblement efficace » aux dires des pêcheurs artisans qui s’y opposent. L’association Pleine Mer, a décidé d’enquêter en publiant une série d’articles sur le sujet. Nous avons décidé de les contacter pour en savoir plus.

D’un point de vue technique, la senne danoise est un filet formé de deux ailes, d’un corps et d’une poche, dont la conception générale rappelle celle du chalut. Son fonctionnement est décrit dans le schéma suivant (source, Ifremer).

Fonctionnement de la Senne Danoise (Source : Ifremer)

Dans un premier article paru il y a 10 jours, l’association résume l’inquiétude des pêcheurs artisans français, dont certains s’opposent fortement à cette technique de pêche, à l’image du Comité des Pêche et des Elevages Marins de Bretagne, ou des pêcheurs basques qui empêchent les senneurs danois de débarquer leur poisson à Saint-Jean-de-Luz.

Selon le patron d’un chalutier côtier des Hauts-de-France que nous avons contacté et qui a souhaité rester anonyme : « Cette technique de pêche peut littéralement vider une zone de pêche. Les senneurs font des carrés de 1 mile sur un mile à l’AIS, et je peux vous dire que derrière ça ne sert à rien de pêcher à cet endroit là. Il n’y a plus rien à pêcher. Et quand c’est un bateau hollandais ou britannique c’est encore pire »

Nous avons aussi souhaité contacter des armateurs de bateaux pratiquant la senne danoise. Selon le patron d’un senneur boulonnais : 

« C’est vrai que la senne danoise est très efficace. Pour être honnête avec vous, je vois les dégâts que ça fait, et je regrette presque d’avoir acheté un senneur. Mais bon, on n’a pas le choix : soit c’est ça, soit on change de métier. Et puis Pleine Mer critique les pêcheurs français, mais l’association ferait mieux de regarder les dégâts que font les senneurs hollandais : c’est bien pire que nous ! »

Dans tous les cas, l’opposition des pêcheurs artisans semble forte … mais qu’en est-il de leurs instances représentatives, comme par exemple le Comité National de la Pêche et des Elevages Marins (CNPMEM), qui « représente tous les pêcheurs français » et a pour rôle d’attribuer les licences de pêche ? L’enquête menée par Pleine Mer dans un deuxième article montre que le rôle du CNPMEM peut poser question.

En effet, la Commission d’attribution des licences a eu lieu avant même que la licence existe légalement. La légalité de ce processus pourrait donc être remise en cause.

Sur les 27 licences attribuées au total, 8 ont été attribuées à la SCOPALE. Cet armement a été crée pour « sauver la pêche artisanale boulonnaise » : son capital est réparti entre le groupe Intermarché, le groupe LE GARREC, la coopérative des pêcheurs d’Opale, et les patrons des bateaux. Ainsi, le pêcheur ne prend pas le risque d’investir tout seul, et les bénéfices sont partagés entre la patron et les autres actionnaires.

Et parmi les 8 licences attribuées à la SCOPALE, 3 ont été attribuées à des unités de pêche qui n’étaient pas encore construites au moment de la commission d’attribution. Une pratique tout à fait compréhensible : difficile d’engager les investissements nécessaires pour construire/acheter un bateau, avant même de savoir si le bateau en question pourra pêcher.

Pourtant, cette attribution de licences à la SCOPALE avant même que les bateaux soient construits laisse les pêcheurs artisans amers. Nous avons contacté certains pêcheurs normands et leurs retours sont édifiants. Parmi les nombreux pêcheurs à vouloir pêcher la coquille Saint-Jacques, certains d’entre eux se sont vu refuser la licence sous prétexte que « leur bateau n’était pas encore construit ». Ainsi, l’accès à une licence semble beaucoup plus facile pour un armement appartenant à des grands groupes, que pour des pêcheurs artisans.

Un autre pêcheur normand que nous avons contacté nous a même avoué avoir reçu des pressions de la part du comité régional qui aurait déclaré « si tu veux garder ta licence, il va falloir que tu arrêtes de critiquer les instances représentatives de la pêche. » Comment expliquer cela ? Nous avons contacté le Comité Régional des Pêches de Normandie … mais nos questions sont restées sans réponse.

De telles pratiques semblent pour le moins étonnante. Comment un armement comme la SCOPALE a-t-il accès à des licences de pêche aussi facilement, alors que les pêcheurs artisans ont des difficultés à obtenir les leurs. C’est la question que pose Thibault Josse, chargé de mission de l’association Pleine Mer :

« Il est clair que les pêcheurs artisans font face à une injustice. Un grand groupe comme Intermarché à tous les moyens financiers et politiques pour influencer les instances représentatives … alors que les pêcheurs artisans doivent lutter pour avoir les mêmes droits. Il n’est pas exclu que les pêcheurs finissent par se rebeller en refusant de payer leurs CPO (Cotisations obligatoires qui permettent de financer les actions des Comités des Pêches) »

Contactés sur le sujet, la SCOPALE, le CRPMEM de Normandie et le CNPMEM n’ont pas donné suite à nos sollicitations. Pleine Mer de son côté promet de continuer l’enquête en publiant très bientôt un article sur les bateaux hollandais pratiquant la senne danoise dans les eaux françaises. Dans tous les cas, à deux ans des élections, il semble que les comités des pêches seront amenés rapidement à se saisir du sujet de la senne danoise et de l’attribution des licences, s’ils ne veulent pas risquer un soulèvement des pêcheurs artisans.

La rédaction de l’Echo du Littoral.

La senne danoise en action de pêche (source : Ifremer)
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