Le monde de la pêche se mobilise pour la régularisation de Papa N’diaye

C’est un véritable élan de solidarité depuis quelques heures dans le monde de la pêche. Suite aux menaces d’expulsion d’un marin-pêcheur d’origine sénégalaise au Guilvinec, la communauté des pêcheurs artisans se mobilise pour que la situation de Papa Ndiaye soit régularisée. La rédaction de l’écho du littoral vous en dit plus.

Papa Ndiaye arrive en France en 2014 et travaille depuis en tant que marin pêcheur. D’abord matelot à Boulogne (Pas-de-Calais), il s’installe ensuite en pays bigouden et travaille sur les bateaux de l’armement La Houle et de l’armement Bigouden . Depuis 2019, il travaille sur le MANONA, un palangrier de 9,60 m du Guilvinec armé pour la pêche au congre.

Il possède d’abord un visa de travail, puis il passe dans la case administrative « conjoint de français » suit à sa rencontre avec une citoyenne française. Séparé de celle-ci, il est condamné à 300 € d’amende pour des violences conjugales.

Mais en mars 2020, l’épouse de Papa N’diaye a déposé plainte contre lui. L’homme sera par la suite condamné à 300 euros d’amende pour violences conjugales : il a été reconnu coupable d’avoir insulté et bousculé sa femme. « Il ne lui a pas porté de coups mais il n’aurait de toute façon pas dû faire ce qu’il a fait », commente son avocat, Me Jean-Marc Le Crane. « C’est une dispute qui a nécessité l’intervention des gendarmes. Les faits reprochés à mon client lui ont valu 300 € d’amende ». L’apparition de cette condamnation sur le casier judiciaire provoque alors une décision terrible de la préfecture : un avis d’expulsion avec obligation de quitter immédiatement le territoire.

Il ne s’agit pas ici de nier ou justifier les faits de violence conjugale. L’intéressé a été condamné par la justice, et ces agissements sont éthiquement condamnables et inadmissibles. Mais la justice qui consiste à expulser un travailleur émigré lorsqu’il enfreint la loi est une justice raciste. Pap Nadiaye a payé pour les faits qui lui sont reprochés, et rien ne justifie son assignation à résidence et l’obligation de quitter le territoire français.

Dans une interview donnée à nos confrères de France 3, il dépeint sont amour du métier et sa vie de marin-pêcheur au Guilvinec : « c’est pas un métier, c’est quelque chose que tu aimes. Si tu aimes pas tu peux pas faire. J’ai de l’avenir ici, surtout avec mon patron. Mais cette situation [contrôle judiciaire] c’est une grosse perte pour l’entreprise. C’est franchement énervant. »

Kevin, son patron, déclare : « Il travaille très bien à bord, il est formé au métier, et ça serait terrible de le voir partir. La situation actuelle impacte grandement l’entreprise : Pap’ est obligé de pointer tous les matins au commissariat et parfois ça nous empêche de sortir en mer. Dans tous les cas, on a des projets ensembles pour le futur, on a de l’avenir et on va rien lâcher pour que la situation de Pap’ soit régularisée. »

Une forte solidarité chez les « gars du Guil' » comme en témoigne Mick, collègue de Papa Ndiaye, qui pêche lui aussi le congre au large du Guilvinec : « On va se battre jusqu’au bout pour que Pap’ soit régularisé. C’est un collègue, un ami, un travailleur. C’est pour ça qu’on a décidé de mobiliser l’association Pleine Mer, afin que ce combat pour la justice puisse toucher un maximum de monde ».

L’association Pleine Mer, « organisation de pêcheurs et de mangeurs de poisson œuvrant ensemble pour une pêche durable », a en effet été contactée par les marins pêcheurs et a décidé de réagir vite, en alertant largement la presse, via de nombreux emails, mais aussi grâce aux réseaux sociaux de l’association. Le soutien de Pleine Mer a aussi permis la création

Le président de Pleine Mer, Charles Braine, a fait le déplacement au Guilvinec pour la conférence de presse qui s’est tenue ce mercredi 10 mars à 14h30. Selon lui, « L’expulsion des travailleurs est absolument injustifiable. D’autant qu’en Afrique de l’Ouest, de nombreux pêcheurs sont obligés de quitter leur pays suite aux ravages provoqués par la pêche industrielle européenne, dans le cadre des accords de pêche »

En effet, selon un récent rapport qui résulte d’une collaboration entre Pleine Mer et le Transnational Institute, les interactions entre pêche et migration résultent souvent de rapports coloniaux entre les pays du Nord et ceux du Sud : https://longreads.tni.org/fr/quelles-intersections-entre-peche-et-migration

Comme le martèle Thibault Josse, permanent de l’association Pleine Mer : « cette situation est scandaleuse. Papa N’diaye, et toutes les personnes dans des situations similaires doivent être régularisés. L’association et ses membres se battront jusqu’au bout pour éviter l’expulsion de Papa Ndiaye, et plus largement pour que les travailleurs de la pêche puissent vivre dignement »

Selon, l’avocat de Papa N’diaye, la solution serait de re-modifier le titre de séjour du matelot, qui possède actuellement un contrat de travail et devrait pouvoir être régularisé grâce à un visa de travail, selon un accord établi entre la France et le Sénégal.

Autre espoir, celui de la grande mobilisation du monde de la pêche au Guilvinec et sur les réseaux sociaux. En effet, cet élan de solidarité des gens de mer face à la détresse de Papa N’diaye redore aussi le blason des pêcheurs français, parfois décriés dans les médias. Charles Braine conclut : « les marins-pêcheurs ont l’occasion de soutenir l’un des leurs, et de tordre le cou de certains clichés qui peignent le milieu de la pêche comme individualiste et raciste. Le combat continue pour la régularisation de Papa N’diaye, et pour la défense des droits de tous les marins pêcheurs et de tous les travailleurs. »

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